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Autour des indélicats

Au musée Estève, la galerie Lejuge est réservée à la présentation des oeuvres graphiques (dessins, gravures, collages…). Fragiles, elles ne peuvent pas être exposées en continu plus de trois mois. La présentation dans cette galerie est donc renouvelée tous les trimestres.

Ce printemps, le service musées et patrimoine historique a choisi d’associer ce renouvellement à un projet universitaire original. En effet, c’est une étudiante en 2e année de D.U.T. Carrières sociales – Gestion urbaine à l’IUT de Bourges, Lucie Sejourné, qui assure le commissariat de l’exposition et la direction du projet dans le cadre d’un stage de 2 mois. Son choix de poursuivre ses études dans le domaine de la médiation culturelle a orienté la proposition.

Le principe : choisir des gravures créées par le groupe Les Indélicats sur les thèmes de l’esclavage et de la colonisation et les faire entrer en dialogue avec d’autres oeuvres conservées dans les collections des musées de Bourges.
Le projet de Lucie Sejourné a donc consisté en :

  • Choisir les oeuvres
  • Rédiger le synopsis de l’exposition
  • Organiser la présentation dans la galerie Lejuge
  • Participer au montage de l’exposition
  • Organiser une soirée débat avec une ou des intervenants extérieurs
  • Choisir les ouvrages à proposer dans la boutique du musée …

LES INDÉLICATS

De 1932 à 1934, 21 artistes qui fréquentent le même cours de dessin du soir à Belleville, se réunissent au sein d’un groupe nommé par provocation, Les Indélicats. Venus d’horizons très divers, ils sont tous alors animés par les mêmes aspirations libertaires.
Si ces artistes sont majoritairement tombés dans l’oubli, certains comme Maurice Estève, André Fougeron et Edouard Pignon ont néanmoins connu une réelle postérité.
Ce groupe reste connu pour avoir réalisé une série de 107 linogravures réunies en 9 portfolios, tirées en une centaine d’exemplaires :
N° 1 : chômage (1932)
N° 2 : Guerre (1932)
N° 3 : Vive la vie (1932)
N° 4 : 14 juillet (1932)
N° 5 : Tabous (1933)
N° 6 : Colonisation (1933)
N° 7 : Crise (1933)
N° 8 : Sportifs (1934)
N° 9 : Les Elites (1934)

Ils expriment dans ces oeuvres volontairement provocatrices, leur dénonciation des problèmes sociaux et politiques d’un monde en crise qui fait encore singulièrement écho aux révoltes actuelles.
Cette série n’a été présentée en tant que telle au public que deux fois, en 1936 à la Galerie Billiet à Paris et en 1989 au musée Estève.
Sept de ces recueils sont entrés dans les collections du musée Estève en 2008, grâce à l’Association des Amis des Musées de Bourges. Ils permettent de mettre en lumière un mode d’expression contestataire peu représenté jusqu’à là dans la collection.

REGARDS CROISÉS SUR LA COLONISATION

Le choix de la commissaire de l’exposition a été de confronter les images volontairement provocatrices des Indélicats dénonçant sous différents aspects la colonisation et l’esclavage avec l’iconographie d’une autre mythologie : celle des révolutions de 1789 et de 1848 : comment une nation, un peuple, qui a autant aspiré à la liberté et à l’égalité, a-t-elle pu faire le choix d’exploiter et d’asservir d’autres peuples, y compris sous couvert de mission civilisatrice ?
L’exposition présente le travail de 11 des artistes du groupe Les Indélicats : André Trèves, M. Lerouillé, Gisèle Delsinne, Adrien Camuro, Marcel Debardieux, Falck, Louis Feron, Lambert, Georges Ort, Huybrechts, Gabriel Robin et Maurice Estève.

Parallèlement à la découverte de leurs gravures, cette exposition présente une petite sélection d’oeuvres parmi les riches collections des musées de Bourges, qui célèbrent l’aspiration des citoyens français à la liberté, à l’égalité devant la loi et qui glorifient la République émancipatrice. Elle montre également quelques exemples des ouvrages scolaires qui ont façonné le regard de plusieurs générations de français sur les colonies. Un effet miroir en somme…
Pour compléter ce dialogue, le musée proposera une sélection d’ouvrages et de DVD qui rappelle que comme les Indélicats, de nombreux artistes et intellectuels ont témoigné et se sont élevés contre le colonialisme.

PROGRAMMATION CULTURELLE

Des visites guidées seront programmées pendant la durée de l’exposition (en particulier le 14 mai, pour la Nuit des Musées)

Jeudi 5 mai 20h – Amphi du muséum d’histoire naturelle : Projection du documentaire « Le ciné colonial – Le Maghreb au regard du cinéma français » de Moktar Ladjimi, 1997. Immensité du désert, fourberie des "indigènes", femmes sauvages et capiteuses ou légionnaires nostalgiques sont la base de films tels que L'Atlantide de Jacques Feyder (1921) ou Pépé le Moko de Julien Duvivier (1937). Dès que les débuts du cinéma, la France n'a cessé de nourrir sa politique coloniale dans le Maghreb d'une imagerie de propagande, où le manichéisme le disputait aux grandes envolées civilisatrices. La projection sera suivie d’un débat animé par Odile Goerg, professeure émérite d’histoire de l’Afrique contemporaine à l’Université Paris VII Diderot. Travaillant en particulier sur le cinéma comme pratique sociale en situation coloniale et post-coloniale, elle est l’auteure de nombreux ouvrages, dont Fantomas sous les tropiques, aller au cinéma en Afrique coloniale (Eds Vendémiaire 2015).

LES JEUNES ONT DU TALENT !

Le service musées et patrimoine historique engage depuis plusieurs années des partenariats réguliers avec de nombreux établissements d’enseignement secondaire et supérieur, avec la volonté affirmée de donner l’occasion à des lycéen(ne)s et étudiant(e)s de découvrir le monde des musées et du patrimoine, mais également de bénéficier de cet enrichissement réciproque né des échanges au sein des équipes.
Le principe d’un commissariat d’exposition assuré dans le cadre scolaire ou universitaire sera renouvelé régulièrement. Les jeunes ont du talent !

Pratique

AUTOUR DES INDÉLICATS :
REGARDS CROISÉS SUR LA COLONISATION
Musée Estève – Du 8 avril au 10 juillet
Jours et heures d’ouverture : tous les jours sauf le mardi, de 10h à 12h et de 14h à 18hCommissaire de l’exposition : Lucie Sejourné, étudiante à l’IUT de Bourges (département Carrières sociales – Gestion urbaine)
dans le cadre d’un stage 2e année DUT